
Édito - le choix du local
Bonjour,
Quand j’ai lancé cette infolettre, c’était presque un défi lancé en formation : continuer à garder le fil, partager les outils, les idées, les alertes, les bonnes surprises. Depuis, mois après mois, elle est devenue un petit rendez-vous. Un prétexte pour regarder l’IA sans panique, sans poudre aux yeux, mais avec cette curiosité joyeuse qui fait avancer.
Et ce mois-ci, j’ai décidé de pousser la logique jusqu’au bout. J’arrête, pour cet usage, de dépendre d’une chaîne d’automatisation payante qui empile les plateformes, les crédits, les scénarios, les petits boutons magiques et les grandes incertitudes du type : “Est-ce que ça va partir ? Est-ce que ça va bloquer ? Est-ce que j’ai encore des crédits ?”
À la place, je simplifie le fonctionnement de l’infolettre pour mieux maîtriser les données, les envois, les archives et les désinscriptions. L’objectif n’est pas de multiplier les plateformes, mais de garder un outil sobre, fiable et adapté à un besoin réel. Ce n’est pas plus spectaculaire qu’un feu d’artifice d’IA générative. Mais c’est beaucoup plus important.
La meilleure IA n’est pas celle qui brille le plus. C’est celle qui travaille pour nous, ici, maintenant, sans nous voler la boussole.
Ce mouvement, je le sens dans tous mes projets : automatiser, oui ; déléguer, oui ; tester, évidemment. Mais sans devenir prisonnier d’un service, d’un abonnement ou d’un tableau de bord qui décide à notre place. Petit à petit, je me libère des grandes plateformes quand elles ne sont plus indispensables. Pas par rejet de la technologie. Au contraire : parce que je veux mieux la comprendre, mieux la choisir, mieux la transmettre.
C’est exactement ce que je veux amener à mes clients : des outils plus simples, plus sobres, plus adaptés au terrain. Une mairie n’a pas forcément besoin d’une usine à gaz. Une association n’a pas besoin de quinze abonnements pour envoyer trois informations et gérer ses adhérents. Une TPE n’a pas besoin de courir après le dernier buzz si elle peut déjà gagner deux heures par semaine sur ses devis, ses relances ou ses comptes-rendus. L’IA doit rendre plus libre, pas plus dépendant.
Au sommaire
Une bascule locale très concrète, une veille sur Google et Canva, un point de vigilance sur la transparence IA, un cas européen avec Mistral, et un défi simple pour lancer votre premier mini-outil métier.
Dossier du mois - Pourquoi une application locale peut être plus moderne qu’un abonnement de plus
On confond souvent modernité et cloud. Pourtant, dans beaucoup de cas, la vraie modernité consiste surtout à mettre le bon outil au bon endroit. Pour cette infolettre, mes données n’ont pas besoin de faire trois fois le tour du monde avant de revenir dans une boîte mail. Elles doivent être propres, vérifiées, utilisées au bon moment, puis archivées.
Le principe est simple : le cadre reste fixe - logo, charte, mentions, structure - et chaque mois je ne change que le contenu. C’est exactement ce que l’on cherche dans un bon outil métier : enlever la répétition inutile, garder la décision humaine, sécuriser ce qui compte.
Avant : PDF, stockage, scénario externe, crédits, connecteurs, vérifications manuelles, et cette petite tension du premier du mois.
Maintenant : un format web léger, des images locales, des contacts importés, un test, un envoi progressif et un journal sous contrôle.

Terrain - Ce que cette bascule dit à mes clients
Pour une TPE, c’est une invitation à sortir du “on fait comme on peut” : relances, devis, mails types, comptes-rendus, suivi client… beaucoup de petites tâches méritent un vrai mini-outil.
Pour une association, c’est la possibilité de publier, relancer, informer, organiser sans dépendre d’un bénévole qui connaît seul la procédure secrète du fichier Excel du mois dernier.
Pour une collectivité, c’est une question de souveraineté très concrète : garder la main sur la communication, les listes, les contenus, les validations et les traces.
Pour un organisme de formation, c’est une manière de produire vite sans sacrifier la pédagogie : questionnaires, supports, synthèses, convocations, suivis, relances… mais toujours avec un humain qui comprend ce qu’il fabrique.

Veille IA - Google : la recherche ne ressemble déjà plus à une liste de liens
Les annonces de Google I/O 2026 confirment une tendance lourde : la recherche devient conversationnelle, multimodale, parfois agentique. On ne tape plus seulement trois mots-clés. On peut demander une synthèse, croiser des documents, analyser une image, poursuivre une question, préparer une action.
Pour les professionnels, le changement est énorme. Préparer une réunion, comparer des solutions, faire une veille réglementaire, résumer des ressources ou explorer un marché devient plus rapide. Mais il y a un revers : plus la réponse est belle, plus elle peut donner envie de ne plus vérifier.
Mon conseil : utilisez ces nouveaux outils comme un accélérateur de recherche, pas comme une autorité magique. La bonne question reste : d’où vient l’information ? Est-elle récente ? Est-elle cohérente ? Est-ce que je peux la vérifier ?

Focus outil - Canva AI 2.0 : créer plus vite, oui. Mais surtout mieux briefer.
Canva continue de devenir une vraie plateforme de création assistée : design conversationnel, contenus éditables, cohérence de marque, supports réutilisables, visuels, présentations, posts, mini-sites. Pour les petites structures, c’est une excellente nouvelle : on peut produire des supports plus propres sans avoir une équipe de graphistes derrière soi.
Mais le piège, c’est de demander “fais-moi quelque chose de joli”. L’IA adore obéir, même quand la consigne est floue. Un bon résultat vient d’un bon cadrage : public visé, ton, niveau de lecture, format, contrainte de lisibilité, informations indispensables, et ce qu’il ne faut surtout pas faire.
Prompt utile : “Crée une affiche claire pour un public peu à l’aise avec le numérique, avec un titre très lisible, trois informations pratiques, un ton rassurant, une hiérarchie nette et un style moderne mais sobre.”

Point de vigilance - IA Act : la transparence IA devient un réflexe professionnel
La Commission européenne avance sur les obligations de transparence prévues par l’IA Act. L’idée de fond est simple : quand une personne interagit avec certains systèmes d’IA ou voit certains contenus générés ou manipulés par IA, elle doit pouvoir le savoir.
Pour nos usages du quotidien, inutile de transformer chaque mail en roman juridique. Mais il faut installer de bons réflexes : relire, vérifier, signaler les usages sensibles, ne pas faire passer une image générée pour une photo réelle, garder une trace quand l’IA intervient dans un contenu professionnel.
L’IA aide. L’humain décide. La transparence rassure.
Panorama - Souveraineté européenne
L’actualité autour de Mistral AI et des outils européens rappelle que l’IA n’est pas seulement une affaire de chatbots. Elle entre dans l’industrie, la simulation, les jumeaux numériques, la recherche, les métiers techniques.
C’est un point important pour nous : parler d’IA, ce n’est pas seulement apprendre à écrire un prompt. C’est comprendre où vont les données, qui contrôle les outils, comment on garde une capacité d’action, et comment on évite de confondre confort immédiat et dépendance durable.
Je ne suis pas anti-plateforme. J’utilise ChatGPT, Canva, Gamma, Codex, et bien d’autres outils. Mais je veux que mes clients comprennent une chose : on peut aimer les outils puissants tout en gardant une stratégie d’autonomie. C’est même, à mon avis, la seule façon saine de les utiliser.
Astuce du mois - La méthode “1 tâche -> 1 mini-outil”
Repérez une seule tâche que vous faites au moins une fois par semaine. Pas la plus impressionnante. La plus pénible. Celle qui revient toujours, qui prend du temps, qui suit souvent les mêmes étapes.
Puis posez-vous cinq questions :
- Est-ce que cette tâche revient souvent ?
- Est-ce qu’elle suit une procédure assez stable ?
- Est-ce que les données existent déjà quelque part ?
- Est-ce que le résultat peut être relu facilement ?
- Est-ce qu’un petit outil local suffirait à gagner du temps ?
Si vous avez au moins trois “oui”, vous avez probablement un vrai cas d’usage IA. Pas forcément un grand projet. Peut-être juste un premier tournevis numérique.
Défi de juin - Écrivez votre première fiche-projet IA en une phrase
Votre mission, si vous l’acceptez : complétez cette phrase.
“Si je devais créer un petit outil pour me faire gagner 20 minutes sur cette tâche, il devrait me permettre de…”
La suite vient souvent toute seule. Et si elle ne vient pas, envoyez-moi l’idée : je vous dirai si cela ressemble à un mini-outil, une automatisation, une formation… ou simplement un bon vieux fichier à ranger correctement.